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Allemagne : lente progression des usages numériques depuis 2013 selon l’initiative D21

Les résultats de la dernière enquête annuelle sur les usages et les compétences numériques en Allemagne sont quelque peu décevants. Selon cette enquête, réalisée par la Fondation D21 auprès de 1900 personnes âgées de plus de 14 ans, les indicateurs du « développement numérique de la société numérique » en Allemagne enregistrent une faible progression passant de 51,2 en 2013, à 51,3 en 2014 et 51,6 en 2015.

Ainsi l’indicateur mesurant l’accès au numérique a augmenté d’1,8 point (sur 100) entre 2013 et 2015. Les indicateurs relatifs à la diversité des usages, aux compétences numériques et à l’ouverture des citoyens au numérique enregistrent un recul entre 2013 et 2015. Si les auteurs parlent de stagnation de l’indice, 3 des 4 indicateurs thématiques composant l’indice global sont en baisse. Aussi il est permis de s’interroger sur la méthodologie d’enquête : la dynamique des usages numériques en Allemagne est-elle en panne ? Ou bien est-ce la méthodologie (les questions, la construction des indicateurs, la pondération des indicateurs) qui ne parvient pas à saisir la reconfiguration permanente des usages ?

L’initiative D21 a été mise en place en 1999 en vue de mesurer les usages numériques en Allemagne. Ce consortium réunit des ministères (Economie, Recherche, Intérieur, Famille), plusieurs Länder et 100 entreprises parmi lesquelles Capgemini, Deutsche Telekom, Intel Fondation Bertelsmann Stiftung, Fiducia & GAD IT AG, Händlerbund eV. Le consortium réalise chaque année une vaste enquête auprès de 30 000 personnes ((N)onliner Atlas) qui porte sur l’utilisation de l’Internet et du haut-débit afin d’évaluer la part des utilisateurs et non-utilisateurs. La taille de l’échantillon permet de décliner les résultats au niveau des Etats-Régions.

Le consortium D21 a entrepris, en 2013, de « suivre, dans le temps, les progrès du développement de la société numérique en Allemagne » au travers d’une enquête réalisée auprès de 1902 personnes. Celle-ci repose sur une typologie des utilisateurs sur la construction de quatre indicateurs, agrégés au sein d’un indice de synthèse, le D21 Digital Index.

La typologie des utilisateurs allemands est basée sur l’équipement, le type de services utilisés, la fréquence d’utilisation d’internet, mais aussi les modes d’accès, les compétences et l’ouverture au numérique. L’enquête 2013 avait permis de faire émerger 6 catégories d’utilisateurs : « l’outsider sceptique », « l’utilisateur occasionnel », « le prudent pragmatique », le « pro réfléchi », « l’internaute passionné » et le « mobiliste avisé ». Les trois premières catégories regroupent les personnes les plus éloignées du numérique et les trois dernières celles qui se sentent le plus concernées par le développement numérique.

Le poids relatif de chacun des six catégories a peu évolué depuis 2013 à 2015 : la proportion des personnes les plus « éloignées » du numérique » passe de 66,3 % à 64 % alors que celle des personnes les plus concernées progresse en deux ans de 33,6 % à 36 %.

L’indice D21 du développement numérique (D21 Digital Index) quant à lui est basé sur 200 données réparties en 4 familles thématiques d’indicateurs, eux-mêmes documentés par un jeu limité de questions.

  • Ouverture : acceptation et intérêt pour l’innovation, avantages et pertinence de l’Internet, craintes et préoccupations
  • Accès : utilisation d’Internet au travail et dans un cadre privé, utilisation du Haut Débit, équipements, connectivité Internet des appareils utilisés
  • Diversité et intensité des usages : applications numériques utilisées sur une base régulière, durée moyenne de l’utilisation d’internet
  • Compétences numériques : connaissance des sujets numériques, compétences liées à des usages

La pondération des quatre familles d’indicateurs qui entrent dans la composition de l’Indice 21 est la suivante : les compétences numériques y comptent pour 40 %, l’accès pour 30 %, l’ouverture compte pour 20 % les usages (diversité et intensité) pour 10 %.

Cette pondération est justifiée par les auteurs du rapport : « Les compétences en liens avec les médias numériques a été évaluée comme une composante centrale, et donc s’est vue attribuer une pondération de 40% par les experts, suivie par la composante « accès » à 30% car elle constitue une condition préalable à toute action numérique. L’attitude qui est qualifiée « d’ouverture » est également déterminante et pèse 20% de l’indice. Une dernière dimension, centrale mais avec un poids moindre est celle de la diversité des usages. Ainsi les différentes possibilités et l’intensité des usages sont intégrés à l’indice. La plus faible pondération assure ainsi qu’une personne qui navigue avec une grande diversité d’usage sur internet sans s’interroger sur les aspects de la sécurité de ses données n’obtiennent une valeur d’indice trop élevée. »

L’édition 2015 de l’enquête fait apparaître une grande stabilité : l’indice D21  passe de 51,2 sur 100 en 2013 à 51,6 en 2015. Les auteurs du rapport évoquent l’hypothèse d’une stagnation.

L’indicateur relatif à l’accès au numérique progresse en deux ans, de 4,5 points tandis que les indicateurs relatifs aux usages (intensité et diversité), aux compétences et l’ouverture des citoyens au numérique enregistrent tous les trois une baisse (respectivement -2,2 points, -1,4 points et -0,7 points). Ainsi la stabilité est garantie par les thématiques ayant une plus forte pondération : l’accès, qui est en augmentation du fait du déploiement d’infrastructure et de l’équipement croissant des ménages en appareils permettant de se connecter, et les compétences, qui ont diminué de 2013 à 2014, puis ont légèrement augmenté de 2014 à 2015. Les compétences sont directement liées à l’évolution technologique rapide : cette dynamique suppose que les citoyens adaptent leur connaissance en permanence. Puisque le questionnaire concernant les compétences est actualisé de manière à suivre le progrès technologique, cela explique la relative stagnation de cet indice thématique.

La baisse des indices liés à l’ouverture et à la diversité des usages s’explique également par le fait que les cycles d’innovation rapides engendrent une forme de résistance au changement, ou un enthousiasme modéré (smart home, e-santé, économie collaborative). On peut d’ailleurs souligner que 20% des personnes interrogées souhaitent réduire voire supprimer les dépenses liées à leur consommation internet, et 25% ont le sentiment d’être limités par leur compétences numériques pour profiter pleinement des opportunités offertes par le numérique (relations sociales, flexibilité professionnelle, accès à l’information,…).

Evolution des indices thématiques

Méthodologie

L’enquête annuelle est réalisée par téléphone, auprès de 1900 personnes âgées de plus de 14 ans et selon les critères de représentativité de la population allemande (70,3 millions de personnes).

S’agissant des compétences, l’enquête D21 utilise un jeu limité de questions pour cerner les compétences.

  • Ecrire à l’aide d’un traitement de texte
  • Exécuter des calculs simples (tableur)
  • Installer des appareils comme une imprimante ou un scanner
  • Transférer en ligne de documents
  • Utiliser des applications web (sites, wiki, blogs)
  • Régler les contenus (préférences) dans un réseau social

Le questionnaire évolue d’une année sur l’autre, de manière à saisir les nouveaux usages numériques ; par exemple en 2015, le questionnaire prenait en compte la diffusion des wearables et les services de partage collaboratif. Les auteurs insistent également sur le fait que cette enquête s’appuie sur des informations subjectives car les informations recueillies sont les réponses données par les personnes enquêtées.

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