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La transformation numérique du système de formation professionnelle au milieu du gué

La transformation numérique du système de formation professionnelle au milieu du gué

Le rapport que l’Inspection Générale des affaires sociales (IGAS) vient de consacrer à la transformation digitale de la formation professionnelle continue, arrive à point nommé. Une réforme de la formation professionnelle est, en effet, annoncée par le gouvernement en 2018.

Selon l’IGAS, la digitalisation de la formation “est susceptible de renouveler profondément les pédagogies et les parcours de formation”.

Les formations numériques offrent, selon l’iGAS, “des atouts essentiels pour l’accessibilité, la fluidité et la personnalisation des parcours de formation : en facilitant l’entrée en formation, en adaptant les parcours au positionnement préalable et au rythme des individus, dans une logique de modularisation accrue, en minimisant les contraintes géographiques et temporelles, en laissant augurer, enfin, à moyen terme, des prix à la baisse”.

Du cours en ligne (MOOC) au micro-learning reposant sur des tests en ligne rapides, en passant par les jeux sérieux (serious games), ou plus communément les formations multimodales (blended learning), alternant présentiel et modalités digitales, la gamme des potentialités numériques de formation est en constant renouvellement.

La transformation numérique de la formation professionnelle au milieu du gué

L’IGAS a entrepris “de mesurer l’impact de l’essor des technologiques numériques, et de leurs usages, sur les méthodes pédagogiques et sur les parcours de formation professionnelle, d’une part, sur le secteur économique des organismes de formation, d’autre part”. Il en ressort que :

  • Plus de 50 % des organismes privés de formation ne réalisaient en 2016 aucune prestation en formations digitales.
  • Seuls 4 % d’entre eux en tiraient plus de 50 % de leur chiffre d’affaires.
  • Les grandes entreprises en sont les principales bénéficiaires, certaines ayant adopté des politiques volontaristes de recours à des formations de plus en plus digitalisées.
  • Les PME, qui pourraient pourtant bénéficier des souplesses offertes par les formations digitales, y font encore peu appel, à l’exception des secteurs « coeur » de l’économie numérique (informatique, télécoms,…).

“Les potentialités des nouvelles approches en sont cependant, aujourd’hui, encore souvent au stade des promesses” regrette l’IGAS. “Elles ne se traduisent que très partiellement dans les faits”.

La transformation de l’appareil de formation résultera “de l’irruption de nouveaux entrants saisissant l’opportunité de la digitalisation pour « disrupter » le marché : start-ups aujourd’hui de plus en plus présentes sur ce champ de la formation continue, mais aussi professionnels de l’édition ou des ressources humaines, services de formation professionnelle continue des universités de plus en plus offensifs”.

La numérisation du système de formation professionnelle appelle, toutefois, une certaine vigilance 

Elle ne doit pas, souligne l’IGAS, “contribuer à accroître les inégalités d’accès à la formation mais au contraire devraient être mises à profit pour les réduire. Cela exige de veiller à la production d’une offre à destination des publics prioritaires que sont les demandeurs d’emploi et les salariés des petites entreprises; de résorber les situations d’illectronisme qui interdisent de bénéficier de l’apport de ces approches digitales; de promouvoir, enfin, une large diffusion des compétences numériques « socle » et intermédiaires parmi la population, au service d’un degré supérieur d’inclusion sociale et de compétitivité du pays”.

En outre, “les souplesses permises par le caractère distanciel et asynchrone de ces formations sont sources de nouvelles libertés d’organisation pour l’apprenant ; les conséquences de la porosité entre travail et formation d’une part, entre formation professionnelle et autoformation sur le temps privé d’autre part, doivent toutefois être encadrées. Une attention particulière devrait notamment y être accordée dans le cadre des négociations paritaires consacrées au droit à la déconnexion.

Pistes pour une transition numérique de l’appareil français de formation professionnelle

L’IGAS esquisse, en conclusion,  une série de pistes pour “soutenir la transition numérique de l’appareil français de formation professionnelle”.

  • Intégrer dans le volet pédagogique des bilans pédagogiques et financiers (BPF) une rubrique à la digitalisation des formations
  • Renforcer l’invitation à la simplification des procédures financières et de contrôle d’assiduité entre OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés) et organismes de formation pour faciliter la prise en charge des formations multimodales
  • Développer un plan de formation de la population active aux compétences numériques, ciblant prioritairement les peu qualifiés. Dans ce cadre :
    • Soutenir grâce aux schémas territoriaux d’aménagement numérique, le développement d’une offre professionnalisée et lisible de médiation numérique
    • Définir un nouveau bloc de compétences transversal centré sur des compétences numériques d’un niveau supérieur au « socle » numérique déjà inclus dans le certificat CléA (certificat de connaissances et de compétences professionnelles)
  • Intégrer la problématique de la formation professionnelle à distance dans la concertation au niveau national et interprofessionnel sur le télétravail et le travail à distance (droit à la déconnexion) prévue par la loi du 8 août 2016 ainsi que dans la négociation annuelle d’entreprise
  • Engager dans plusieurs régions, en partenariat avec Pôle emploi, des études de cohorte pour évaluer les résultats comparés des formations classiques/formations multimodales sur des publics cibles (par exemple le public des formations qualifiantes)
  • Mettre en place une banque nationale de ressources pédagogiques et techniques « ouvertes et gratuites » de la formation professionnelle à destination des organismes de formation, en partenariat avec les régions
  • Engager pendant quelques années une procédure accélérée d’accès temporaire au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) des formations digitales à distance (pour l’ensemble des métiers, ou ciblée sur les seuls métiers du numérique et émergents)
  • Lancer une réflexion sur les possibles usages grand public du Datadock, à moyen terme, et des interconnexions éventuelles à cette fin avec d’autres bases de données publiques
  • Dans les prochaines étapes de développement, interconnecter l’offre de service CPA (compte personnel d’activité) aux outils et offres de service CEP (conseil en évolution professionnelle), en prévoyant par exemple une assistance CEP en ligne.
Source

La transformation digitale de la formation professionnelle continue, Inspection  Générale des Affaires Sociales, 2017

A propos de l'auteur

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