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Mobilisation des communautés et des ONG numériques face aux ouragans Irma et Maria

Le sort s’acharne sur les habitants des Caraïbes : alors que de nombreuses îles se relèvent à peine de l’ouragan Irma, l’ouragan Maria cause d’importants dégâts sur son passage.

Comme ce fut le cas lors de catastrophes précédentes, la communauté OpenStreetMap s’est mobilisée très vite pour cartographier les zones sinistrées. L’association Télécom Sans Frontieres déploie des connexions satellitaires pour  renforcer la coordination des secours et de reconnecter à Internet les populations affectées par la catastrophe.

OpenstreetMap cartographie les zones sinistrées

La cartographie des zones sinistrées est cruciale après une catastrophe : elle permet de recenser et de localiser les infrastructures médicales ou électriques détruites, d’identifier les voies qui permettent d’acheminer les secours aux victimes.

Dans les heures qui ont suivi l’arrivée d’Irma, Openstreetmap a activé  le dispositif Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT). Ce dispositif, déployé à chaque catastrophe majeure, permet à des contributeurs de mettre à jour les cartes, d’établir la carte précise des endroits touchés, des routes barrées ou inondées, des lignes électriques tombées, des sanitaires, des lieux de culte et des points de ravitaillement en eau potable et nourriture. 50 contributeurs ont apporté 300 000 modifications à la cartographie, du sud de la Caraïbe à la Floride. Les contributeurs s’appuient sur  des photographies satellite fournies par les agences spatiales (dans le cadre de la charte internationale “Espace et catastrophes majeures”), sur des observations de terrain  et  sur des prises de vues aériennes. « On a l’expérience du séisme en Haiti : on sait que tous les moyens sont bons pour convoyer de l’aide humanitaire, même le vélo. Ce qui implique d’avoir une connaissance exacte du moindre petit bout de route qui pourrait manquer et bloquer les secours ». 

Télécoms sans frontières œuvre à la restauration des communications dans les Caraibes

Pré-positionnée à Pointe-à-Pitre 24 heures après le passage de l’Ouragan Irma, Télécoms Sans Frontières (TSF)  avait  obtenu le 10 septembre l’autorisation de déployer ses équipes sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Une première connexion internet via satellite au Centre Opérationnel Départemental (COD) était établie dés le 11 septembre. Le 15 septembre, l’Aérogare de l’Espérance  utilisé comme plateforme logistique pour la réception et la distribution des produits de première nécessité sous la supervision des forces françaises disposait d’une connexion internet satellitaire. Une seconde connexion TSF était aussi mise à la  disposition de la sécurité civile et des pompiers afin de faciliter les opérations d’urgence, les chantiers de reconstruction et les évacuations d’urgence.

Au-delà de la coordination des secours, TSF s’attache aussi à apporter une assistance aux personnes sinistrées. TSF étend desormais  la couverture du réseau Wi-Fi aux espaces réservés aux familles en attente de rapatriement ou de soins médicaux, qui peuvent ainsi rassurer leurs proches via les réseaux sociaux et messageries instantanées.

Le réseau terrestre se rétablissant graduellement sur Saint-Martin, TSF a pris la décision de mobiliser une partie de son équipe sur place afin de partir sur la Dominique, dévastée par l’ouragan Maria. Face à l’étendue des dégâts au Mexique, frappé par un séisme,  une équipe a été déployée en urgence au Mexique.

Telecom sans frontières (TSF)

TSF a été créée en juillet 1998 par des humanitaires qui avaient constaté les difficultés de coordination des équipes de secours dans des zones où les réseaux de communications étaient souvent saturés ou détruits. TSF a ouvert son premier Centre Télécoms à disposition de tous les acteurs humanitaires en 2001 au Nord de l’Afghanistan. La priorité de TSF est d’atteindre les zones affectées et d’installer des connexions le plus rapidement possible, dès les premières heures de l’urgence.

La structure actuelle de TSF – trois bases opérationnelles sur trois continents, au Nicaragua, en France et en Thaïlande ainsi qu’une représentation aux États-Unis – lui permet d’intervenir n’importe où dans le monde en moins de 24 heures. Depuis 2006, TSF est le premier répondant pour le Cluster des télécommunications d’urgence des Nations Unies.

En près de 20 ans, TSF est intervenu dans plus de 60 pays sur les cinq continents et a offert son aide à des centaines de milliers de victimes et à plus de 800 ONG, gouvernements et agences des Nations Unies. La durée moyenne d’un déploiement est de 47 jours, jusqu’au rétablissement des moyens de télécommunication, jusqu’à ce que les agences des Nations Unies ou les organisations humanitaires mettent en place leurs propres moyens télécoms ou jusqu’à la passation de la gestion d’un centre télécoms à une autre organisation. Son siège est à Pau.

En Syrie,  Télécoms Sans Frontières se prépare à une sixième année de soutien envers le secteur médical au profit de la population. Le manque de communications dans les zones les plus dévastées du pays a conduit à la saturation du domaine de la santé, alors que le nombre de blessés et de malades ne cesse d’augmenter. Depuis le début de son engagement en 2012, TSF a déployé 49 connexions d’urgence dans des hôpitaux, centres de distribution, pharmacies et cliniques à travers la moitié nord de la Syrie. En avril 2017, 16 connexions TSF sont en fonctionnement en Syrie. En 2016, 365 006 personnes blessées et/ou malades ont bénéficié d’un soutien médical dans les hôpitaux syriens connectés par TSF.

TSF est depuis quelques mois présent en Ouganda pour répondre à un afflux continu de réfugiés. De nombreuses installations ont été mises en place dans les régions frontalières de l’Ouganda. Télécoms Sans Frontières a déployé une équipe en juillet 2017 afin de répondre aux besoins des populations réfugiées. Sur le terrain, TSF travaille en étroite collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), les ONG locales et les familles de réfugiés.

Hand fournit des panneaux solaires et des faisceaux radio longue distance

L’ONG HAND – Hackers Against Natural Disasters HAND se focalise surtout sur la prévention des catastrophes mais contribue elle aussi  operations d’urgence. Elle s’est très rapidement mise au travail depuis le Fablab, pour organiser une mission sur place. Hand a expédié le 15 septembre pres de 200 kg de matériel en Guadeloupe avec des panneaux solaires, des régulateurs de tension, des piles à combustible, des faisceaux radio longue distance (quelques dizaines de km), des hot spots WiFi etc. « Il nous faut en gros tout ce qui nous permet de nous passer des infrastructures locales, qui sont souvent très endommagées et en cours de reconstruction », indique Gaël Musquet à NextImpact. Le matériel ainsi apporté reste ensuite définitivement sur place, afin de maintenir le réseau ainsi assemblé en cas de nouvelle catastrophe, plus que probable dans ces territoires. Une théorie qui s’est malheureusement vérifiée très rapidement avec l’arrivée de l’ouragan Maria quelques jours plus tard.

Devant l’ampleur des besoins et la nécessité de pérenniser ses actions, Hand a lancé un appel aux dons autour de trois objectifs prioritaires

  • Urgence: Rétablir les communications sur et entre les Îles.
  • Soutenir dans le temps la coordination des secours et des forces de sécurité civile.
  • Construire un réseau radio et capteurs numériques permettant de faire face aux crises qui frapperont à court, moyen et long terme les Caraïbes. Ces liaisons radio seront maintenues par les radioamateurs et administrateurs réseaux/systèmes locaux
HAND – Hackers Against Natural Disasters

Hand est la dernière-née des ONG numériques humanitaires en France.

Hand  se donne l’objectif de se préparer aux catastrophes naturelles, afin de réduire le nombre de victimes; cette préparation est réalisée à travers des solutions technologiques ainsi que des exercices civils avec les pouvoirs publics et les populations. Hand s’est fait connaitre en mars 2017 en participant,  sous l’égide de l’Unesco, à l’exercice “Caribe Wave 2017” : un exercice d’alerte séisme et tsunami, touchant toute la Caraïbe. Le scénario mettait en scène un séisme de magnitude 8,7 dont l’épicentre se trouve au large de la Désirade. Un tel tremblement de terre entrainerait une vague de 14 mètres qui s’écraserait 10 minutes après la secousse sur la petite île de l’archipel de Guadeloupe et qui prendrait de l’ampleur pour atteindre 20 mètres de haut sur Pointe-à-Pitre quelques minutes plus tard, laissant donc très peu de temps aux habitants des zones concernées pour se mettre à l’abri.

Selon Gaël Musquet, Président de Hand, « on se rend compte dans les catastrophes naturelles qu’on arrive toujours trop tard, toujours après ». Conscient du fait qu’on ne peut pas éviter les catastrophes naturelles, il est néanmoins persuadé qu’on peut en atténuer les effets en étant bien préparé. Grâce à une collecte de financement participatif (crowdfunding), il a pu mettre en place une équipe pluridisciplinaire de geeks pour tester des solutions de réponses aux catastrophes naturelles grâce au numérique. Au-delà de l’exercice, HAND promeut l’utilisation des outils numériques dans les programmes de protection des populations, notamment en cas de crise majeure.

VISOV les messages officiels sur les réseaux sociaux

L’association VISOV (Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel) avait activé dès les 6 septembre  une équipe de bénévoles numériques pour relayer sur les réseaux sociaux les  bulletins d’alerte de météo France ainsi que les  messages officiels communiqués par les autorités. Elle a ensuite a lancé un formulaire en ligne pour aider au recensement de personnes sinistrées dont on chercherait à avoir des nouvelles. Assurant une veille sur les reseaux sociaux, les  collaboration avec OpenStreetMap, les volontaires de VISOV  ont renseigné une carte, à destination des services de secours, à partir des informations qu’ils ont pu trouver sur Twitter, Facebook ou encore dans les médias.

VISOV-Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel

 La veille de crise sur internet peut contenir des données extrêmement précieuses et vérifiables sur l’avancée d’une catastrophe, d’un épisode climatique violent ou encore d‘une crise sanitaire. C’est à cette veille de crise que se consacrent depuis 2012 les « Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel », des médecins, pompiers, informaticiens, développeurs, et radioamateurs dont le noyau fondateur est basé en Lorraine. Première communauté virtuelle francophone de volontaires numériques au service de la sécurité civile, Visov promeut l’utilisation accrue des « médias sociaux en gestion d’urgence » (MSGU).

Visov s’est fait connaître à l’occasion de la crise Ebola : ses membres avaient relevé, les cas en temps réel en Guinée en passant en revue les médias et les réseaux sociaux, les avaient organisés et géolocalisés sur une carte OpenstreetMap : des indications précieuses pour guider les médecins et saluée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Visov distingue différents niveaux d’activation selon la gravité, la nature, l’heure de l’événement/incident et aussi la disponibilité des volontaires. Au quotidien, en mode “veille active”, les volontaires échangent dans des salles VISOV sur l’application WhatsApp. Chacun est invité à y poster des informations sensibles repérées sur le web et pouvant intéresser d’autres volontaires ou structures présentes comme les pompiers ou le centre de crise du ministère de l’Intérieur.

Ces cinq dernières années, VISOV s’est activée, plus de 30 fois,  parfois pendant plusieurs jours, lors d’événements d’urgence survenus en France  (cyclones, feux de forêt, attentats, crues, intempéries, inondations, accident de TGV etc…) ainsi que pour évènements internationaux ( ouragan Matthew en Haiti, cyclone Winston aux îles Fidji,  tremblement de terre au Népal, typhon Hagupit aux Philippines, cyclone Madagascar ).

En 2017, Visov a été activé 7 fois :

  • 5 janvier : veille d’exercice attentat en Seine Maritime à la demande du SDIS
  • 12 janvier : vigilance rouge Tempête Egon à la demande du COZ Est et du SDIS 7
  • 4 février : vigilance rouge Tempête Leiv
  • 7 mars : cyclone Madagascar à la demande du COGIC
  • 25-28 juillet : feux de forêt dans 5 départements
  • 6-10 septembre : ouragan Irma sur Saint-Martin et Saint-Barthélémy (Antilles)
  • 19 septembre : ouragan Maria en Guadeloupe

 

Hand fournit des panneaux solaires et des faisceaux radio longue distance

L’ONG HAND – Hackers Against Natural Disasters HAND se focalise surtout sur la prévention des catastrophes mais contribue elle aussi  operations d’urgence. Elle s’est très rapidement mise au travail depuis le Fablab, pour organiser une mission sur place. Hand a expédié le 15 septembre pres de 200 kg de matériel en Guadeloupe avec des panneaux solaires, des régulateurs de tension, des piles à combustible, des faisceaux radio longue distance (quelques dizaines de km), des hot spots WiFi etc. « Il nous faut en gros tout ce qui nous permet de nous passer des infrastructures locales, qui sont souvent très endommagées et en cours de reconstruction », indique Gaël Musquet à NextImpact. Le matériel ainsi apporté reste ensuite définitivement sur place, afin de maintenir le réseau ainsi assemblé en cas de nouvelle catastrophe, plus que probable dans ces territoires. Une théorie qui s’est malheureusement vérifiée très rapidement avec l’arrivée de l’ouragan Maria quelques jours plus tard.

Devant l’ampleur des besoins et la nécessité de pérenniser ses actions, Hand a lancé un appel aux dons autour de trois objectifs prioritaires

  • Urgence: Rétablir les communications sur et entre les Îles.
  • Soutenir dans le temps la coordination des secours et des forces de sécurité civile.
  • Construire un réseau radio et capteurs numériques permettant de faire face aux crises qui frapperont à court, moyen et long terme les Caraïbes. Ces liaisons radio seront maintenues par les radioamateurs et administrateurs réseaux/systèmes locaux
Essor des ONG numériques humanitaires

A l’occasion des catastrophes (Haïti, Sri Lanka, Philippines, Pakistan, Chili) et des crises humanitaires (Kenya) ou sanitaires (Ebola), on a vu au cours des dernières années des développeurs et des communautés numériques (comme celle d’OpenStreetmap) se mobiliser, bénévolement et dans l’urgence, pour cartographier les zones concernées ou mettre au point des logiciels ou des applications mobiles.

Un mouvement appelé « CrisisCommons » (ainsi que les « Crisis Camps », sur le modèle des Barcamps) s’est développé à l’occasion de ces catastrophes :  il rassemble les compétences des développeurs, des cartographes et des citoyens pour les mettre au service de l’humanitaire d’urgence.

Parfois décontenancées, dans un premier temps, par l’irruption de ces nouveaux acteurs, les agences humanitaires des nations Unies (FAO, OMS, Unicef, HCR) comme les ONG humanitaires (Croix rouge, Médecins sans frontières, Mercy Corps), le plus souvent sous-équipées en compétences numériques ou habituées à travailler avec des sociétés de service informatique, agences et ONG humanitaires ont vite pris la mesure de la réactivité et de l’efficacité de ces équipes et noué des relations avec elles.

Ces échanges et ces coopérations se sont formalisés au travers de « Crisis Camps » (qui permettent d’établir ou de compléter la couverture cartographique des zones touchées, en y localisant notamment les établissements de santé, les écoles ou encore les points d’eau), puis au travers de hackathons.

Afin de capitaliser l’expertise constituée à l’occasion de ces interventions, de maintenir et améliorer les logiciels et les applications, un certain nombre de ces équipes et de ces collectifs ont entrepris de se structurer et même de se professionnaliser. Des ONG numériques humanitaires ont ainsi vu le jour pour apporter leur concours aux opérations, à la demande des agences humanitaires ou en coordination avec elles. Comme les ONG « traditionnelles », elles recueillent fonds auprès des entreprises et des citoyens.

Certaines d’entre elles sont africaines, comme Ushahidi, la plupart d’entre elles sont anglo-saxonnes :

  • International Network of Crisis Mappers (cartographie d’urgence)
  • Connected Development-CODE (outils de communication de crise),
  • Humanitarian OpenStreetMap Team (cartographie d’urgence)
  • Disaster Tech Lab (télécommunications d’urgence)
  • Standby Task Force (cartographie d’urgence)
  • CrisisCommons (cartographie d’urgence)
  • Humanity Road (soutien aux populations et reunification des familles)
  • PeaceGeeks (organisation de hackathons)
  • Info4Disasters (gestion des opérations d’urgence)
  • Geeks Without Bounds (accélérateur de projets humanitaires, au travers, notamment de l’organisation de hackathons)

La France compte aussi désormais plusieurs ONG humanitaires numériques : Télécom sans frontières (TSF), CartONG, VISOV-Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel, et depuis peu, HAND-Hackers Against Natural Disasters.

A propos de l'auteur

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