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L’économie collaborative crée-t-elle des emplois ?

Si de nombreuses enquêtes (TNS-Sofres, Médiamétrie, M@rsoin, Enquête Capacity  notamment) ont permis, depuis deux ans, de prendre la mesure du phénomène en France, du point de vue des usages, l’impact de l’économie collaborative sur l’emploi reste, à ce jour, assez largement méconnu : la plupart des données disponibles, en particulier en matière sociale, proviennent des gestionnaires des plateformes collaboratives et de cabinets de conseil ou d’investisseurs qui promeuvent ou qui ont un intérêt direct à leur développement.

Tour à tour, la DGE (direction générale des entreprises) du ministère de l’économie, en 2015, l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), en 2016, puis la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) du Ministère du Travail, en 2017, ont entrepris de mesurer l’impact de l’économie collaborative sur l’emploi.

Autour de 6 000 travailleurs employés en propre par les plateformes

La DGE en liaison avec le programme de prospective Pipame, après un recensement de 300 entités économiques (aux profils et aux statuts variés), repérées comme actives dans le domaine de la consommation collaborative, évaluait en 2015 à environ 6 000 le nombre total d’emplois directement générés par des structures relevant de la consommation collaborative (hors Amap).

L’IGAS, pour sa part souligne l’évolution rapide du nombre d’emplois directs créés par les plateformes : « les plateformes collaboratives ont quelques milliers d’employés en propre seulement : un volume encore faible mais quatre fois supérieur à celui de 2009 ».

 200 000 travailleurs dans l’économie collaborative ?

On ne dispose pas, à ce jour, pas d’évaluation du nombre de travailleurs collaboratifs en France. Les chiffres communiqués par les plateformes combinent en général toutes les inscriptions, que les personnes soient réellement actives ou non et les inscriptions multiples sur plusieurs plateformes sont courantes.

  • La DGE, estimait en 2015 à 5,2 % la proportion des Français qui tiraient plus de 50 % de leurs revenus des diverses formes d’économie collaborative.
  • David Menascé, dans une note de l’Institut de l’Entreprise, estimait en 2015 à plus de 200 000 le nombre de travailleurs collaboratifs proposeraient effectivement leurs services sur des plateformes numériques d’intermédiation. Cela représenterait environ 0,7 % de la population active.
  • Selon l’IGAS, « sur la base de l’estimation du volume d’affaires des plateformes d’emploi en France et de l’observation auprès des plateformes, le chiffre de 200 000 contributeurs réguliers paraît sous-estimé. En effet, Uber et Hopwork totalisent ensemble près de 34 000 contributeurs professionnels en France et Airbnb 140 000 hôtes ». personnes en France, hors vente d’occasion »
  • L’impact des plateformes collaboratives sur la création (brute) d’emplois et la génération de revenus semble, selon l’IGAS, bien documenté dans le secteur du transport urbain : « 25 % des chauffeurs d’Uber étaient chômeurs préalablement à l’inscription sur la plateforme et 43 % d’entre eux étaient au chômage depuis plus d’un an. Par ailleurs, 50 % des chauffeurs d’Uber travaillent plus de 30 heures par semaine, et pour 71 % cette plateforme constitue la source de plus de la moitié des revenus ».
  • « La hausse des immatriculations de micro-entrepreneurs dans le secteur transport et entreposage (…) semble également, selon l’IGAS,  corroborer, en France, l’existence d’un impact positif des plateformes sur les créations brutes d’emplois dans ce secteur ». L’IGAS, admet, cependant « qu’on ne dispose pas d’études empiriques qui permettent de quantifier l’impact positif sur l’emploi des plateformes collaboratives dans les autres secteurs ».

Les diverses formes d’économie collaborative bousculent le système statistique

La DARES a entrepris, en 2017, de repérer dans les statistiques publiques l’impact l’économie collaborative sur l’emploi, et plus spécifiquement celui des plateformes de biens et services marchands.

  • La DARES n’observe pas, dans les statistiques, de progression spectaculaire du travail indépendant en lien avec l’essor des plateformes.
  • Si la part des non-salariés dans l’emploi total a légèrement augmenté depuis le début des années 2000 après des décennies de baisse, ce retournement s’est toutefois produit avant l’essor des plateformes. « Il est à mettre en relation avec la création du statut d’auto-entrepreneur, qui a pu faire progresser à la fois la réalité du travail indépendant et son enregistrement statistique ».
  • Quant au nombre d’auto-entrepreneurs (ou micro-entrepreneurs) « s’il a fortement augmenté entre 2006 et 2013 (+184 %), ils restent très minoritaires (moins de 3 % des personnes en 2013) ».
  • Les statistiques de l’Insee sur les créations d’entreprises montrent cependant, depuis deux ans, une forte hausse dans la catégorie transport et entreposage. Les créations d’entreprises dans ce secteur, qui inclut les VTC, ont ainsi augmenté de 45,8 % en 2015 contre -4,7 % pour l’ensemble de l’économie marchande non agricole. Ces observations, observe la DARES, « peuvent être le signe d’une tendance forte dans les années à venir. Néanmoins, si l’analyse de données plus fines donne un aperçu du phénomène, il est peu probable que l’effet macroéconomique soit à ce stade significatif ».

L’enregistrement statistique de l’économie des plateformes, conclut la DARES, appelle une adaptation des instruments statistiques. « Une option serait de mettre en œuvre des enquêtes spécifiques auprès des ménages, ou de développer les enquêtes existantes. En France, l’enquête Emploi de l’Insee ne propose jusqu’à maintenant que des catégories d’emploi prédéfinies, dans lesquelles les travailleurs occasionnels des plateformes peuvent ne pas se reconnaître (…) L’enquête « Budget de famille » de l’Insee peut en revanche fournir davantage de données dans la mesure où l’économie des plateformes y est abordée via les dépenses des ménages. L’enquête prévue pour 2017 comprend d’ailleurs pour la première fois des questions interrogeant directement les ménages sur leurs achats et ventes via les plateformes, ce qui devrait permettre l’exploitation de données sur le sujet ».

Les plateformes de “jobbing” stimulent l’essor des “petits boulots”

La société Jobijoba, spécialisée dans la recherche d’emploi sur internet en France, a rendu publique une étude consacrée à l’offre de petits boulots en France, tirée de l’analyse d’un million d’offres d’emploi en ligne en avril 2017 sur le site jobijoba.com .

  • On comptait en avril 2017 46 855 annonces de petits boulots payés à la tâche ou à la mission, ce qui représente près de 5 % de l’ensemble des offres d’emploi en ligne
  • Le déménagement-bricolage-jardinage constitue la catégorie de mission la plus proposée sur le marché du Jobbing avec 49,1 % des offres devant le baby-sitting (35,7 %) et le ménage (6,6 %).
  • Les jobbeurs recherchent, pour leur part, en priorité des missions de ménage et d’aide à la personne (24,8 %), d’hôte (esse) dans l’événementiel / extras (17 %) et de soutien scolaire (14,2 %).
  • L’Ile-de-France concentre 20 % des offres de petits boulots suivie par Rhône-Alpes (14 %) et Pays de la Loire (7 %).
  • La durée de vie moyenne d’une annonce de petit boulot est de 48 heures.
  • Le diplôme et l’expérience ne sont pas déterminants dans le recrutement pour les missions de Jobbing.
  • La disponibilité des candidats reste prioritaire.
  • Les missions sont principalement payées à la tâche ou à l’heure.

Si la pratique des « petits boulots » est ancienne, une nouvelle génération de plateformes permet désormais de mettre en relation et d’apparier une demande (qui trouve son origine dans la volonté de particuliers de confier, faute de temps ou de compétences, des missions à la tâche à des candidats disponibles) et une offre (qui peut provenir de personnes aux motivations et aux compétences variées : salariés, indépendants, étudiants, retraités).

Selon les auteurs de cette étude, le « Jobbing » serait assez largement  le fait d’un nombre croissant de salariés (baptisés « slashers » dans les pays anglo-saxons) qui choisissent d’occuper plusieurs emplois ou même plusieurs professions simultanément. « Environ 8 slashers sur 10 occupent déjà un emploi en CDI. Le Jobbing ne signe donc pas l’arrêt de mort du CDI, mais apparaît plutôt comme une manière de gérer sa carrière et ses revenus différemment. On peut aussi déceler dans cette tendance une conséquence de la montée en puissance des temps partiels et de la nécessité de trouver des moyens d’augmenter ses revenus ».

En septembre, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé une concertation “avec l’ensemble des acteurs” de l’économie collaborative pour clarifier la “zone grise du droit”, qui a brouillé les frontières entre salariat et travail indépendant, notamment quand les travailleurs sont économiquement dépendants des plateformes. Les discussions portent notamment sur le statut, mais visent aussi à définir de “meilleurs comportements” en termes “de notations et de rémunération”.

De son côté, la Commission européenne a entamé de nouvelles discussions avec les organisations syndicales et patronales de l’Union européenne sur les protections et les droits des “nouvelles formes d’emploi” qui recouvrent aussi bien les contrats “zéro heure”, le multisalariat ou encore les emplois temporaires. Dans un document consultatif, elle propose aussi de revoir les règles actuelles et ses propositions pourraient limiter la flexibilité de certaines formes d’emploi et réduire les incertitudes liées aux contrats atypiques développés par les grands acteurs de la nouvelle économie. La Commission préconise d’étendre le socle européen des droits sociaux à tous les types de contrats qui peuvent s’accompagner de moindres protections dans certains Etats-membres.

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