Select Page

Filière agricole : importance croissante des compétences numériques, la formation continue toujours plus indispensable

Dans un rapport consacré  à l’agriculture connectée,  le collectif Renaissance numérique soulignait, en 2015, que  “le grand chantier de la formation aux agriculteurs n’a pas encore débuté mais doit s’organiser rapidement et dans une logique multi-acteurs afin que les agriculteurs, leurs syndicats et coopératives puissent tirer profit de la révolution agricole en cours. Des plans multi-acteurs, entre entreprises privées, syndicats, coopératives, peuvent être mis en rapidement, en exploitant les ressources permises par le numérique : cours à distance, serious game, partage des informations, suivi personnalisé.”

A l’issue de l’expérimentation Agriculture Connectée (2014-2016), tous les agriculteurs-testeurs ont déclaré que l’Internet Haut-Débit était devenu indispensable dans le cadre de leur profession, tant pour télétransmettre leur déclaration PAC ou de naissances d’animaux que pour effectuer leur comptabilité. De l’agriculture de précision à l’utilisation d’internet pour se former ou commander du matériel, le numérique transforme les usages et les compétences de métiers de la filière agricole et les formations.

Les agriculteurs sont plus équipés en ordinateur que la moyenne des français, quasiment autant équipé en ordinateur portable mais moins en tablettes et smartphones.

97% des agriculteurs se connectent tous les jours

Professionnellement, les exploitants agricoles deviennent dépendants de l’accès à internet pour leurs usages, de plus en plus variés. Renaissance Numérique distingue ces usages en trois catégories : pour la production agricole, pour l’administration et le financier, pour les activités secondaires rémunératrices (agrotourisme, circuits-courts,…).

 

Le smartphone est devenu un système de mesure pour les agriculteurs. Il est utilisé le plus souvent comme GPS et caméra. Une dizaine d’usages des applications par les agriculteurs ont été identifiés par l’étude :  réglages de matériel, arpentage, guidage, météo, saisie d’observation aux champs, interprétation du terrain (Observatoire des usages de l’agriculture numérique).

Le numérique : autant un outil d’information, de formation continue que de gestion.

Même si les agriculteurs restent moins équipés en smartphone que la moyenne des français (respectivement 44% et 54%), la tendance est à l’augmentation (+9 points en 2 ans).

  • Sur ordinateur, les services bancaires et les données d’exploitations sont les contenus les plus consultés (respectivement 89,3% et 84,5%). Suivent les informations des partenaires agricoles locaux (77,3%), les petites annonces (76,2%), et les actualités professionnelles agricoles (70,3%).
  • Sur smartphone, c’est la météo professionnelle agricole qui est de loin le contenu le plus consulté (74,3%), suivi par les informations techniques agricoles et les avertissements agricoles (36,3%) et les cotations agricoles (32,5%).
  • Enfin sur tablette, les petites annonces (40,9% et la météo (33,9%) sont les plus consultées (Etude Agrinautes 2016).

Un observatoire des usages de l’agriculture numérique

L’observatoire des usages de l’agriculture numérique (Chaire AgroTic et Institut Convergences) actif depuis novembre 2016,  a publié plusieurs dossiers et résultats d’enquêtes sur les usages liés à la production agricole :

La télédétection concerne 13% de la surface en céréales françaises, et 1% de la surface en vigne. Ses applications pour la vigne sont la fertilisation azotée, la détection des manquants, les zonages du sol, la détection des dégâts, et le pilotage des vendanges. Tandis que dans la culture céréalière, la télédétection sert à la fertilisation azoté, la détection des adventices, le zonage du sol, surveiller le stress hydrique, et le pilotage des récoltes. 1,1 millions d’hectares étaient télédétectés en France en 2016, 15% de la télédétection est actuellement réalisée par drone et par avion, et 85% par satellite.

Les techniciens viticoles (issus d’instituts technique, de structure de conseil indépendante, de chambres d’agriculture, ou de coopératives) conseillent et suivent des viticulteurs sur la protection des maladies, la traçabilité des conseils et travaux, la modulation de la fertilisation, la lutte contre les adventices, le réglage de matériel, le dimensionnement pour des commandes de matériels, d’intrants, des déclarations administratives, le pilotage des vendanges. 99% des techniciens interrogés dans l’étude utilisent un ordinateur portable, 80% un smartphone, 75% des capteurs au sol, 55% des GPS et 40% des systèmes de mesure portables. Les applications smartphones d’identification des maladies sont utilisées par 45% d’entre eux.

Les principaux freins à l’adoption des technologies numériques par les viticulteurs sont, d’après les techniciens :

  • le temps de saisie
  • la complexité des outils
  • le coût de l’équipement et des services
  • et le manque de visibilité sur l’offre.

Les techniciens estiment que les missions associées au numérique et à la viticulture de précision les plus importantes sont : être force de proposition, proposer des services clé en main, connaître les principes de base des technologies, connaître les fonctionnements des modèles, et interpréter les données. En revanche, la saisie d’information et être référents informatiques sont des missions estimées peu importantes.

Des difficultés dans la formation des enseignants des établissements agricoles malgré une reconnaissance partagée de la place croissante du numérique dans la formation

Une enquête du CGAAER de 2016 proposait un état des lieux de la formation continue des enseignants de l’enseignement agricole. Le numérique y tient une place importante dans les attentes, les préoccupations, et les usages des enseignants.

Tout d’abord, il est reconnu comme un outil pédagogique : “Le numérique est cité par les enseignants comme un moyen d’enseigner sa discipline ou d’animer la classe”. Mais il s’agit d’un outil encore mal maîtrisé : questionnés directement, ils expriment leur réticence à utiliser des outils techniques qu’ils ne maîtrisent pas et qui leur demandent un temps d’appropriation trop long avant un usage aisé et sans risques avec les élèves.”

Ce constat est partagé dans le rapport sur les métiers du numérique dans les EPLEFPA (Établissements Publics Locaux d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricoles) par l’Observatoire des Missions et des Métiers du Ministère de l’Agriculture en 2017. On peut y lire :

“On remarque une très forte hétérogénéité des compétences autour du numérique des enseignants et il devient indispensable de les accompagner à la maîtrise des nouveaux outils et usages ; cela éviterait d’entendre un élève indiquant à sa professeur de TIM à propos d’une de ses collègues : ʺMadame, ça existe le B2I pour les profs ? car vous devriez le faire passer à Madameʺ…  Les chefs d’établissement constatent ou pressentent également une évolution vers la diffusion des outils et des usages. La plupart des enseignants n’étant pas formés, l’écart avec les élèves peut constituer un handicap et mettre en difficulté certains d’entre eux”.

Les auteurs du rapport CGAAER soulignent que les formations au niveau de l’établissement mobilisent peu les enseignant mais que “les formations sur le numérique éducatif, réalisées surtout au niveau régional, sont en augmentation (DRTIC)“. Les enseignants  “reconnaissent pourtant la pertinence de cette forme très locale de formation et évoquent l’arrivée de nouveaux équipements dans l’établissement – tablettes, tableau blancs interactifs (TBI) et environnement de travail (ENT) – comme des opportunités pour s’engager dans de nouvelles pratiques.”

“La formation continue des enseignants de l’enseignement agricole public”, Conseil Général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, 2016

Les formations aux usages numériques au sein des établissements doivent être mises en oeuvre par les professeur de Technologies Informatiques Multimédia (TIM). Selon les auteurs du rapport soulignent :

  • “les enseignants de TIM ne sont qu’une moitié à organiser des formations ou accompagner leurs pairs de façon régulière”
  • “les thématiques des formations restent très classiques et pas en adéquation avec les recommandations indiquées dans les différents rapports sur le numérique éducatif”
  • “un enseignant de TIM en charge du service informatique dispose de moins de temps pour conduire d’autres activités”,
  • “l’organisation et le fonctionnement de l’EPLEFPA au niveau du numérique ne sont pas formalisés”.

Un outil de formation continue

Enfin, le numérique est également identifié comme un outil de formation continue, pour les enseignants et en particulier les enseignants des Technologies Informatiques Multimedia. Ces derniers se sont déjà appropriés internet comme outil de formation continue mais les enseignants des autres disciplines restent plutôt en retrait de ce genre de pratiques :

“La formation en ligne est une modalité encore peu connue qui suscite cependant de l’intérêt lorsqu’elle est proposée sous la forme de stages mixtes (ou hybrides) intégrant un temps de regroupement ou d’échange. Les MOOC, relativement peu cités par les enseignants, sont associés à la nécessité d’investir un temps souvent considéré comme incompatible avec leurs disponibilités personnelles et professionnelles.”

Les auteurs des deux rapports se rejoignent pour conclure qu’il faut améliorer la lisibilité des fonctions et l’organisation de l’EPLEFPA autour du numérique, développer une culture commune autour du numérique et développer le numérique éducatif dans les établissements de formation agricole.

Source : Renaissance Numérique

A propos de l'auteur

L'Agence du Numérique

L’Agence du numérique a pour ambition de préparer, avec ses partenaires publics et privés, l’ensemble de la société française à la révolution numérique pour que notre pays soit prêt à en saisir les opportunités, tant en termes de croissance et d’emplois que d’efficacité des services publics, d’aménagement du territoire et de renforcement du lien social.

Labo ouvert

Collectivités, acteurs publics, chercheurs, citoyens, envoyez vos propositions d'articles ou de valorisation de données !

.

Twitter